Kadhja Bonet - Childqueen

par chibougue

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chibougue
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Inscription : 24 mai 2017, 11:45

24 juil. 2018, 13:43

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Vers la fin 2016, je suis tombé sous le charme d'une extra-terrestre. Ma quête incessante de bonne musique à me mettre sous la dent et les judicieux conseils d'un cousin allumé m'avaient poussé à faire l'écoute du mini-album "The Visitor" de la chanteuse Kadhja Bonet. Crac! Mon coeur a cédé. Cosmo-soul psychédélique? Funky-folk intergalactique? Je me trouvais dans une zone hors du temps et des modes du moment avec, pour seul guide, la voix d'un ange. Car oui, le velours de ce chant avait, j'en suis sûr, la même texture que le duvet des ailes séraphiques.

Elle a quand même quelques racines sur Terre, cette fille de l'espace. Elle est la fille du chanteur d'opéra Allen Bonet et la soeur de la comédienne Lisa Bonet. Toute jeune, elle apprenait le violon sous l'oeil un brin tyrannique du paternel qui n'avait pas l'air très commode. Cette dernière, afin de prendre ses distances avec la musique et les attentes de son père, décida de se tourner vers des études en cinéma quand vint le temps d'entrer au collège. Qu'à cela ne tienne, la musique reprit ses droits sur la belle Kadhja qui ne pouvait vivre sans elle. On connaît la suite: elle épata bien du beau monde (dont Solange Knowles et Anderson .Paak, quand même!) à la sortie de "The Visitor".

Ce qui frappe, à la première écoute de "Childqueen", c'est son côté plus ambitieux. L'album, qu'on pourrait qualifier de symphonie de poche, s'apprécie mieux d'une seule traite. La bien nommée "Procession" amorce le programme sur des airs de marche solennelle. Ensuite, la pièce-titre continue lentement l'entrée en matière. Encore une fois, nous avons plus affaire à prélude (superbement arrangé avec Kadhja qui, à elle seule, fait office de section de corde) qu'à une chanson au sens propre du terme. Ce n'est qu'avec "Another Time Lover" et son refrain accrocheur que nous avons droit au premier morceau ayant une structure plus chansonnière.



La pièce suivante, "Delphine", est, à mon avis, le sommet de ce disque. Il s'agit d'une ballade au cours de laquelle la voix soyeuse de madame Bonet plane au-dessus d'une instrumentation dominée par une basse au son lourd et gras. Cette atmosphère remplie de tension accentue de façon efficace la tristesse de la mélodie susurrée par la chanteuse. Frissons garantis! Par la suite, la lumière se repointe le bout du nez avec une "Thoughts around Tea" plus cristalline. "Joy" est un interlude principalement instrumental où cordes et flûtes se lancent dans une danse des plus élégantes. Au passage, il est à noter qu'en plus de signer musiques et arrangements, Kadhja joue d'à peu près tous les instruments sur "Childqueen". Talentueuse, la dame!

Les arrangements de cordes et les harmonies de la chanson suivante, la suave "Wings", continuent l'opération de charme. C'est alors que les choses se mettent en branle avec "Mother Maybe", morceau le plus rythmé de l'album. La pièce, qui fait très soul seventies, est judicieusement placée dans le parcours. On se secoue enfin les plumes qui ont été lustrées avec soin depuis le début du disque. Vers la fin de la pièce, le chant haut-perché de miss Bonet nous accroche un sourire béat sur la figure. On se pose en douceur avec "Second Wind", chanson qui clôt le cycle dont le thème est la découverte de soi. L'instrumentale "Nostalgia", finement ornementée, sert finalement d'épilogue à ce voyage intérieur.



On sent, sur ce premier album complet de Kadhja Bonet, l'influence de l'univers de la musique classique dans lequel elle baignait dans sa jeunesse. Le mini-album "The Visitor" avait déjà la forme d'une mini-suite, mais sur "Childqueen", cet aspect du travail de la dame est plus abouti. En contrepartie, à part peut-être "Delphine" ou dans une moindre mesure "Mother Maybe", ce nouveau disque ne contient pas de perles qui éblouissent l'auditeur instantanément comme on pouvait en trouver sur son prédécesseur. Je pense ici à "Honeycomb", "Fairweather Friend" ou la chanson-titre. Ce nouveau chapitre de l'oeuvre de madame Bonet demande davantage de temps et d'effort mais après quelques écoutes, on ne peut qu'être admiratif devant la cohésion de l'ensemble pris dans son entièreté.

Comme je le soulignais dans mon introduction, Kadhja Bonet est une extra-terrestre. C'est, à mon sens, ce qui la distingue des autres artistes rétro-soul qui pullulent de nos jours. Ses disques n'auraient pu voir le jour dans aucune autre époque que celle qu'elle s'est elle-même inventée. Sa bio le confirme: "Kad-ya was born in 1784 in the backseat of a sea-foam green space pinto." Une zone hors-du temps, je vous disais...

Écoute de l'album (sauf de la dernière pièce) sur Bandcamp:

https://kbonet.com/album/childqueen