Lump: La Métamorphose de Laura Marling

par chibougue

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chibougue
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Inscription : 24 mai 2017, 11:45

11 juin 2018, 21:28

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Dans sa célèbre nouvelle intitulée "La Métamorphose", Franz Kafka mettait en scène Gregor Samsa, un homme qui se réveillait un matin et constatait qu'il s'était transformé en insecte. Ce texte, comme les autres écrits de l'écrivain tchèque, a influencé les surréalistes qui ont vu en lui un devancier. À leur tour, ces joyeux drills ont marqué les artistes qui prisent la folie, qui souhaitent rompre avec la normalité du quotidien. La chanteuse folk britannique Laura Marling, que nous prenions jusqu'à maintenant pour une fille terre à terre, s'inscrit à leur suite et nous présente aujourd'hui son côté très, mais très, givré.

L'aventure de Lump a commencé après un concert de Neil Young (madame Marling en assurait la première partie), sur une allée de quilles où la chanteuse a rencontré Mike Lindsay du groupe folktronica (!) Tunng. Les choses ont cliqué et on s'est promis qu'on allait faire de la musique ensemble. Deux ans plus tard, voilà l'album. Sur sa pochette, un yéti. Le mariage surréaliste entre les deux musiciens a donné naissance à cette créature poilue que l'on peut voir danser dans les vidéoclips de la formation. Selon les principaux intéressés, ce monstre sympathique est l'incarnation visuelle de la musique de Lump.



Les paysages sonores créés par Mike Lindsay se situent très loin du folk à la Joni Mitchell que nous propose habituellement Laura Marling. Quelques instruments traditionnels sont utilisés (basse, guitare, trombone, flûte), mais la composante électro prédomine. Les références se bousculent afin de créer un tout assez unique: ambiances souvent trip-hop, boucles hypnotiques rappelant le krautrock, passages plus noise ou expérimentaux (voir la finale déroutante de "Hold Hand Hero") et finalement, des couches de drones basées sur un son de flûte qui donnent une belle unité à l'ensemble. Un sentiment d'étrangeté plane sur ce disque d'un bout à l'autre.

C'est fort probablement nourrie par ce sentiment d'étrangeté que Marling nous a pondu ses textes les plus abstraits, les plus follement poétiques. Elle cite d'ailleurs le Manifeste du Surréalisme rédigé par André Breton dans les années vingt comme source d'inspiration majeure pour ce nouveau projet. Ce n'est pas seulement sous cet angle que la chanteuse s'est métamorphosée. Comme elle chante sur d'autres musiques que les siennes, elle fait prendre à sa voix des directions inédites. On lui découvre un registre plus large que celui qu'on lui connaissait. Par moment, son chant évoque celui de Kate Bush ou celui de la P.J. Harvey de la période "White Chalk".



La psychédélique "Curse of the Contemporay", l'aquatique "Late to the Flight", la planante "May I Be the Light" et la plus dissonante "Hold Hand Hero" (avec sa basse digne d'un Giorgio Moroder qui s'aventurerait en terrain glitch) sont les morceaux que préfère sur cette galette décalée qui devrait plaire aux fans d'une bibitte comme Björk, par exemple. Je lui accorde un bon quatre yétis sur cinq.