Domenico Lancellotti - The Good Is a Big God

par chibougue

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chibougue
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Inscription : 24 mai 2017, 11:45

17 mai 2018, 22:21

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Quand je pense à la musique brésilienne, les noms qui me viennent à l'esprit sont surtout ceux d'artistes qui ont marqué les années soixante et soixante-dix: Caetano Veloso, Gilberto Gil, Gal Costa, Os Mutantes... Les belles années durant lesquelles la scène tropicália brillait de tous ses feux. Sinon, je pense également aux musiciens bossa nova qui les ont précédés comme Antônio Carlos Jobim ou João et Astrud Gilberto. Excepté Jobim, ces artistes sont tous encore bien vivants mais - il m'arrive de me poser la question - ont-ils des descendants? Une relève qui continue de porter le flambeau de cette scène musicale libre et folle?

Heureusement, mon disquaire est là pour éclairer ma lanterne! Le type est un fanatique et grand connaisseur ès sonorités brésiliennes. Il ajoute toujours les dernières nouveautés en provenance du pays de Pelé à son catalogue et sait en parler avec un enthousiasme contagieux. Grâce à lui, j'ai pu me mettre au parfum amazonien et réaliser que la scène musicale brésilienne est aussi vivante que jamais. Parmi tous les jeunes loups qui pullulent dans la forêt tropicaliste, il me semble que le trio formé par Alexandre Kassim, Moreno Veloso (oui, le fils de Caetano) et Domenico Lancellotti a su habilement tiré son épingle du jeu.

Les trois potes ont formé le maintenant défunt trio +2 et font maintenant carrière solo. Le label américain Lokua Bop (formé par l'ex-Talking Heads David Byrne qui désirait faire connaître la musique brésilienne a un plus grand public) vient de faire paraître les nouveaux albums de Kassim et de Lancellotti. Je m'attarderai aujourd'hui à ce dernier et sa nouvelle offrande intitulée "The Good is a Big God". Cet autre fils d'artiste (son père est le chanteur de bossa nova Ivor Lancellotti) nous a concocté un fort beau disque difficile à classer: quelque part entre samba acoustique et bidouillages acidulés. Une oeuvre comme les Brésiliens ont le dont d'en pondre: d'apparence toute simple, mais étonnamment complexe dès qu'on prend la peine de s'y attarder.



La genèse du disque débute au moment ou Lancellotti est invité à une résidence artistique dans le cadre des Jeux Olympiques de Londres en 2012. Il devait y travailler avec Sean O'Hagan, tête dirigeante des High Llamas et ancien membre de Stereolab. Avant de s'envoler pour l'Europe, Lancellotti lui avait envoyé des pistes de guitare afin qu'il y ajoute des arrangements de cordes. Neuf des pièces de "The Good is a Big God" sont nées de cette façon. Le reste de l'album a été inspiré d'un voyage que le musicien a fait avec son épouse dans la nature du parc national Serra dos Órgão au Brésil.

Le tout s'amorce avec "Voltar-se", une des chansons composées durant ce séjour dans les collines du parc. Appuyée par une guitare acoustique nappée de bruits spatiaux, la voix du chanteur se fait caressante. C'est un fantôme de samba que l'absence de percussions laisse en apesanteur. Puis, un rythmique nous attend au tournant, mais pas celle à laquelle on s'attendait. Elle est martiale, implacable, quasi-industrielle. Accompagnée de cuivres, la voix fait son retour et reprend la mélodie pour nous prouver que nous sommes toujours dans la même chanson. Cette pièce est un avertissement: la beauté zen de cette musique ne sera appréciée que si l'inattendu tient notre esprit bien éveillé.



Car oui, d'un côté nous sommes dans la splendeur à l'état pure. Une splendeur toute calme comme l'ont toujours été celles que nous font goûter la samba et la bossa nova ou, j'imagine, les paysages du parc national visité par Lancellotti et sa douce. Par contre, nous nous trouvons également dans l'exploration trippante et la créativité débridée. Un pied dans la tradition, l'autre dans l'inédit.

"The Good is a Big God" regorge de belles mélodies et d'arrangements magnifiques. Les cordes imaginées par Sean O'Hagan ont la majesté du travail d'un grand joaillier. Cette beauté n'est en aucun moment troublée par les surprises qui nous attendent à chaque détour: les effets sur la voix dans l'excellente "Asas", les ambiances mystérieuses de "Aracne", la guitare électrique quasi-africaine et le coeur tribaux de "Pare de Correr", l'interlude pour cordes et batterie qu'est "Serra dos Órgão", l'instrumentale et ultra-cool "Shanti-Luz" ou la harpe sur "Terra" qui conclut divinement le disque.



En plus de s'être adjoint les services de O'Hagan, Lancellotti a également fait appel à la chanteuse trip-hop brésilienne (mais maintenant basée à Londres) Nina Miranda et ses vieux compagnons d'armes Alexandre Kassin et Moreno Veloso. Avec "The Good is a Big God", il nous démontre qu'il n'est pas seulement un musicien qui a la cote (multi-instrumentiste, mais surtout batteur, il a tout de même collaboré avec Gal Costa, Gilberto Gil et Caetano Veloso, rien de moins!), mais un des créateurs les plus originaux et prometteurs de pop brésilienne. À suivre!

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18 mai 2018, 05:59

L'album est en écoute sur Bandcamp.