Jean Leloup - L'Étrange Pays

par chibougue

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06 juin 2019, 22:24

jon8 a écrit :
06 juin 2019, 12:03
C'est exactement pour ça que ce soir je vais écouter Weyes Blood en lisant du Baricco en buvant du Glenmorangie.
C'est dommage pour les textes de madame Blood; ils valent tout de même la peine qu'on s'y intéresse. :(

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chibougue
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06 juin 2019, 22:36

jon8 a écrit :
06 juin 2019, 12:06
et pourtant, et pourtant... La chanson est officiellement un sous-genre littéraire. Maintenant, que ce soit bon ou pas n'est pas la question. De mon point de vue perso, la chanson est de la littérature ''fast food'' mais parfois une poutine c'est bon.
Alors là, mon opinion diffère de la tienne. Il y a des auteurs qui fignolent leurs textes et qui, ayant eux-mêmes faits leurs classes (souvent, ils ont beaucoup lu), les écrivent avec une intention littéraire: Leonard Cohen, Bob Dylan, Nick Cave, Hubert-Félix Thiéfaine, Richard Desjardins...

D'un autre côté, il y a des gens qui écrivent des paroles seulement parce qu'une chanson, ben, ça a besoin de paroles.

Je sais que la ligne qui sépare littérature et divertissement peu être parfois mince, mais on ne peut pas mettre "Bye Bye Mon Cowboy" dans la même catégorie que "Tu m'Aimes-Tu?". Oui, il y a de le cuistot qui fait de la poutine dans sa cabane à patates, mais il y aussi l'artisan qui cuisine des mets raffinés au restaurant. Je trouve ça un peu insultant de les placer sur un pied d'égalité.

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jon8
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07 juin 2019, 00:48

Nos opinions sur la chose diffèrent, y a aucun doute! haha

Y a aucun texte, d'aucune chanson, de toute l'histoire de la musique... qui va même frôler la profondeur et la finesse des meilleures oeuvres de (vraie) littérature. J'veux dire... dois-je vraiment insister sur cette évidence? Like, really? {:|

On parle ici de comparer des p'tites tounes V.S. des bouquins de centaines de pages, ultra-riches en contenu et dépourvus du carcan musical et de la poésie qui doit ''chanter''...

OUI, il y a des bons textes dans certaines chansons. Mais la comparaison ne tient pas la route avec la véritable littérature. Ce n'est même pas du snobisme ou de l'élitisme, c'est une évidence même.

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07 juin 2019, 14:50

jon8 a écrit :
07 juin 2019, 00:48
Nos opinions sur la chose diffèrent, y a aucun doute! haha

Y a aucun texte, d'aucune chanson, de toute l'histoire de la musique... qui va même frôler la profondeur et la finesse des meilleures oeuvres de (vraie) littérature. J'veux dire... dois-je vraiment insister sur cette évidence? Like, really? {:|

On parle ici de comparer des p'tites tounes V.S. des bouquins de centaines de pages, ultra-riches en contenu et dépourvus du carcan musical et de la poésie qui doit ''chanter''...

OUI, il y a des bons textes dans certaines chansons. Mais la comparaison ne tient pas la route avec la véritable littérature. Ce n'est même pas du snobisme ou de l'élitisme, c'est une évidence même.
Inversement, on pourrait dire qu'il y a des millions de livres qui ne vont même pas frôler la profondeur et la finesse des meilleures textes de chansons ;)

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07 juin 2019, 16:01

Tout à fait.

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07 juin 2019, 16:17

J'pas tout à fait convaincu que je me suis exprimé clairement...

Il n'est pas question ici de comparer le pire de l'un avec le meilleur de l'autre (on s'en contrefout de ça), mais bien de comprendre le caractère limitatif d'un format par rapport à l'autre, et, surtout, de ses effets dans le concret.

Je suis un fan des textes clairs, concis, straight to the point et punchy. Ceci dit, il y a des limites à foutre un buffet complet dans une boite de conserve. Une toune, ça dure 3-4 minutes. 8-10 minutes à tout casser, pis encore c'est rare que ca va chanter tout le long... Bref, y a des limites au niveau du contenant. Une liberté de moins comparativement à la ''vraie'' littérature qui, elle, n'a aucune limite ou presque.

Même un roman minuscule, Le Petit Prince, un truc de moins de 100 pages, impossible à livrer sous forme d'une chanson. Pis là, on parle du Petit Prince...

Encore une fois, et j'insiste, LONG n'est pas nécessairement mieux, ou plus profond ou plus en finesse. Mais COURT comme le commande une chanson, c'est limitatif. C'est intrinsèquement limitatif. C'est une boite de conserve. Tout comme une citation est une boite de conserve (ou pire, un biscuit chinois..hihi)

Deuzio, le carcan musical impose que le texte doit satisfaire, se mouler, à la musique. Une autre limite que la ''vraie'' littérature ne connait pas. Une autre liberté de moins.

Ohh, bien sûr, tu peux alors prendre la liberté de mettre l'aspect musical au second plan et ''passer le message'' avec le texte. Mais cela est fait au détriment de. Des exceptions? De qui? Ou ca? Ça restera toujours un compromis. Un carcan.

Pire: trop souvent je vois des textes plus faibles que ce que la musique transmet comme message/ambiance/vibe...et ça dévalue à mes oreilles la dite musique.

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07 juin 2019, 16:21

Cet album de Leloup en version instrumentale, c'est rien.


Donc il reste les textes.
Donc c'est de la poésie.
Donc c'est de la littérature.


CQFD

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07 juin 2019, 22:54

jon8 a écrit :
07 juin 2019, 16:17

Deuzio, le carcan musical impose que le texte doit satisfaire, se mouler, à la musique. Une autre limite que la ''vraie'' littérature ne connait pas. Une autre liberté de moins.
Voilà justement pourquoi les poètes qui réussissent à accoucher de quelque chose qui nous dépasse, à interroger le grand mystère de vivre ici sur Terre tout en ayant à composer avec de telles restrictions méritent qu'on les applaudisse doublement. Créer du grand dans un si petit format, faut le faire!

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08 juin 2019, 12:33

Voilà justement pourquoi les poètes qui réussissent à accoucher de quelque chose qui nous dépasse, à interroger le grand mystère de vivre ici sur Terre tout en ayant à composer avec de telles restrictions méritent qu'on les applaudisse doublement. Créer du grand dans un si petit format, faut le faire!
ah bon?

Un poète m'a flaberghasté sans que je le sache?

Je suis en train de lire pour la première fois -ne riez pas- le roman de Romain Gary (Emile Ajar), La vie devant soi, qui m'a fait rire au larmes quelques fois et qui, franchement me charme beaucoup, mais je n'irais même pas dire que ''ca me dépasse''.

Suis-je cynique ou victime d'un excès de lucidité si je dis que les ''grandes'' oeuvres véritablement profondes, abyssales, même... sont rarissimes?
Ou alors nos conceptions de ''grandeur'' et de ''profondeur'' sont très très différentes.

Vite de même, je pense à l'oeuvre de Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe. Mais sinon, soit ca nage dans la spiritualité cul-cul, le divertissement ou les pirouettes littéraires.

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08 juin 2019, 12:51

à interroger le grand mystère de vivre ici sur Terre tout en ayant à composer avec de telles restrictions méritent qu'on les applaudisse doublement.

...damn, on va lentement mais sûrement faire dériver ce topic de Leloup en débat philosophique!

Les seules hommes et femmes que j'ai envie d'applaudir doublement c'est ceux qui creusent plus loin que n'importe qui avant. Et ces êtres exceptionnels ne se suffisent pas à interroger le grand mystère de vivre, mais cherchent activement à trouver des réponses, souvent via l'affirmation, aussi risquée soit-elle.
De plus, ils sont si motivés par la dite recherche de réponses qu'ils ont l'intelligence d'éviter les restrictions.

Voilà qui mérite double ou triple applaudissements.

La poésie, quand ce n'est pas carrément du divertissement, c'est surtout du cynisme en velour. On pose un regard, on questionne, on flotte dans l'ambiguité, on fait chanter les mots. Ça virevolte et ça sautille, sans jamais vraiment sonder les profondeurs. Il n'y a, essentiellement, aucune prise de risque.

Le poète laisse la tâche infiniment ingrate de sonder les profondeurs à d'autres. Aux penseurs, aux philosophes.

Pire: le poète-chanteur utilise la musique comme filet de sécurité. N'en déplaise à certains.
Écrire, dans un réel contexte littéraire, sans musique, c'est une prise de risque que le poète-chanteur ne croit pas bon de faire. Il faut se poser la question, pourquoi?

Pourquoi utiliser ce médium (musique) pour exprimer quelque chose au lieu d'un autre médium (un bouquin) ?

Qu'est-ce qui se cache derrière ce choix?

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08 juin 2019, 16:30

jon8 a écrit :
08 juin 2019, 12:51


Le poète laisse la tâche infiniment ingrate de sonder les profondeurs à d'autres. Aux penseurs, aux philosophes.

Pire: le poète-chanteur utilise la musique comme filet de sécurité. N'en déplaise à certains.
Écrire, dans un réel contexte littéraire, sans musique, c'est une prise de risque que le poète-chanteur ne croit pas bon de faire. Il faut se poser la question, pourquoi?
À te lire, on dirait que tu penses que les auteurs de chansons sont des lâches, des peureux ou des paresseux. Je sais bien qu'écrire un roman est un travail de longue haleine, mais lorsqu'elle est prise au sérieux, l'écriture de chanson peut être une entreprise très exigeante. Leonard Cohen passait des mois à élaborer le texte d'une seule chanson.

Même si c'est pour écrire le texte d'une chanson, plonger en dedans de soi et trouver les images justes pour témoigner de ce qu'on a vu - la beauté comme la laideur - n'est pas une sinécure.

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08 juin 2019, 17:37

jon8 a écrit :
08 juin 2019, 12:51
à interroger le grand mystère de vivre ici sur Terre tout en ayant à composer avec de telles restrictions méritent qu'on les applaudisse doublement.

...damn, on va lentement mais sûrement faire dériver ce topic de Leloup en débat philosophique!

Les seules hommes et femmes que j'ai envie d'applaudir doublement c'est ceux qui creusent plus loin que n'importe qui avant. Et ces êtres exceptionnels ne se suffisent pas à interroger le grand mystère de vivre, mais cherchent activement à trouver des réponses, souvent via l'affirmation, aussi risquée soit-elle.
De plus, ils sont si motivés par la dite recherche de réponses qu'ils ont l'intelligence d'éviter les restrictions.

Voilà qui mérite double ou triple applaudissements.

La poésie, quand ce n'est pas carrément du divertissement, c'est surtout du cynisme en velour. On pose un regard, on questionne, on flotte dans l'ambiguité, on fait chanter les mots. Ça virevolte et ça sautille, sans jamais vraiment sonder les profondeurs. Il n'y a, essentiellement, aucune prise de risque.

Le poète laisse la tâche infiniment ingrate de sonder les profondeurs à d'autres. Aux penseurs, aux philosophes.

Pire: le poète-chanteur utilise la musique comme filet de sécurité. N'en déplaise à certains.
Écrire, dans un réel contexte littéraire, sans musique, c'est une prise de risque que le poète-chanteur ne croit pas bon de faire. Il faut se poser la question, pourquoi?

Pourquoi utiliser ce médium (musique) pour exprimer quelque chose au lieu d'un autre médium (un bouquin) ?

Qu'est-ce qui se cache derrière ce choix?
En tant que philosophe politique, je cite parfois (souvent même) dans mes travaux des poètes qui, en quelques lignes, parviennent à une lecture du réel beaucoup plus juste et acérée (et profonde) que des "penseurs" qui se gargarisent dans des concepts sur des milliers de pages. Entre Paul Valéry et Jacques Derrida par exemple, y'a pas photo finish, Valéry est un vrai penseur, Derrida un charlatan, malgré ce que leur "titre" peut suggérer.